Panamarenko
En filigrane de l’ensemble de son œuvre et encore davantage dans ses écrits, on lit chez Léonard de Vinci une volonté souveraine de rendre l’art comme science.
Nonobstant, et s’il dessina vachement bien des plans d’aéroplanes, automobiles, hélicoptères, scaphandres à casques et j’en passe, dans un siècle où l’on peinait - à la cour de Venise - à intégrer seulement le principe de la fourchette, aucune de ces inventions ne se virent réalisées et pour cause : l’absence des matériaux nécessaires d’une part et le souci de leur fonctionnalité d’autre part, qui semble avoir été secondairement traité ; la question par exemple de la force motrice de ses engins ne préoccupant que fort peu Léonard.
Il en va autrement de l’œuvre de Panamarenko, Henri Van Herwegen de son véritable intitulé, artiste anversois qui débuta sa carrière au milieu des années soixante, terrain d’affrontements par excellence entre plusieurs courants antagonistes parmi lesquels l’art minimal, conceptuel, le pop art et d’autres.
Á la faveur des constructions de l’esprit et d’une dimension poétique du potentiel, les machines de Panamarenko répondent pour la plupart du mythe de l’envol par des inventions à la “performativité” toutefois limitée, sur les modèles classiques d’avions, d’hélicoptères et d’insectes, à propos desquels il dit de leur battement d’ailes qu’il représente “sans doute la manière la plus efficace de voler”.
C’est précisément selon ce principe qu’il s’emploie pour la conception d’avions à propulsion humaine à convertir la propulsion continue émanant du pilote pédalant en une vibration à haute fréquence. L’énergie émise par le pilote est captée par un volant d’entraînement qui, au début de chaque battement, est couplé aux ailes. Ce mécanisme est, dans une certaine mesure, également apparenté à la Théorie des systèmes clos. L’idée de la ‘trampoline double’ se base en effet sur l’espoir que les ailes, relancées par au-dessus et par en-dessous, battront de plus en plus vite. (…)
Ses avions à propulsion humaine, à ailes delta, hélicoptères, soucoupe, bateau et tapis volants, sacs à dos motorisés, posent la sempiternelle question de ce que peut engager l’art lorsqu’en sont gommées les bornes prétendues.
Et qu’on ne se retrouve pas dans les mêmes dîners.




NB : Ouais, j’ai couché pour écrire ici. Ouais, je mange de ce pain-là.





25 April 2008 à 21:55
Donc voilà, pas besoin de la présenter, Aude fait désormais partie des auteur sur CMPDP et ne vous déplaise elle s’y sent comme un poisson dans l’eau. Merci pour ces belles recherches.
27 April 2008 à 17:29
Ca me rappelle un reportage que j’avais vu au collège sur les débuts de l’aviation.
Le reportage débutait avec un mec vêtu d’une grande cape noire qui sautait du 2ème étage de la tour Eiffel et une putain de voix off “Paris 9h du matin, Untel décide de tester sa nouvelle invention… mort sur le coup, un trou de 17 cm dans le sol.”
A l’époque j’avais beaucoup rit et le professeur avait expliqué que c’était grâce à des mecs comme ça que les recherches avaient avancées. Je me souviens aussi d’un avion à pédale qui ouvrait-fermait un parasol.
Tout ça pour dire que je sais plus comment il s’appelle ce putain de reportage.
27 April 2008 à 18:29
“A l’époque j’avais beaucoup rit et le professeur avait expliqué que c’était pas drôle du tout”
28 April 2008 à 1:27
Pas vu mais à mon avis c’était un chinois.
Oui parce que plus on est de chinois voyez-vous, plus on riz.
28 April 2008 à 18:40
Merci Aude pour la blague.
L’article, lui, vaut le détour!! J’avoue j’ai un faible depuis tout petit pour ce mystérieux homme qu’était Léonard de Vinci (je jouais aussi à faire des traces de mains avec des cerises écrasées sur les murs de la maison, ce qui plaisait un peu moins à mes gentils parents…), je ne peux qu’apprécier le travail de cet artiste. Le lien vachement bien ne fonctionne pas, pr info…
28 April 2008 à 23:15
Art now > Si ça te botte tant que ça, alors je t’encourage vivement à la lecture de ses Carnets. Il y a écrit un tas de trucs globalement assez cool et notamment pourquoi la peinture est selon lui l’art par excellence qui surpasse toute œuvre humaine. (Comparaison des Arts, chapitre XXVIII du volume 2, environ 5 pages.) Passionnant.
Egalement : Couleur, Paysage, Hydraulique, Balistique, Ombre et Lumière, De la nature de l’eau, Inventions, sont les chapitres que j’ai particulièrement aimé lire.
A bon entendeur mon cher…
28 April 2008 à 23:51
Je couche avec un dictionnaire.
29 April 2008 à 11:47
Raph, surtout tu couches avec Aude debout, c’est très contradictoire…
Merci Aude pour tes lumières.
J’ai eu le plaisir de faire un dossier sur Léo (pr les intimes) sur le génie aujourd’hui… au cours duquel j’ai pu me documenter un peu sur ces carnets. L’étude des tourbillons dans l’eau m’avait émerveillé… Mais je n’ai jamais eu le plaisir de parcourir réellement ses carnets.
Comme tu m’as l’air plutôt bien renseignée, je te remercie de me faire parvenir un commentaire composé ds les plus brefs délais.
Merci CMPDP.
29 April 2008 à 15:16
Raphaël > Épais, lourd, carré et que tu rechignes à ouvrir ?
Tu me rappelleras de te tomber dessus la prochaine fois qu’on se verra.
Arno, Arno, Arno > Malheureux ! Il convient mieux de lire un homme tel que lui dans le texte plutôt qu’en vulgarisation, sans quoi tu cours à la perte de toutes les subtilités du cheminement de sa pensée ; comme pour Marx et son Capital, dans un genre tout aussi possédant quoique répondant de préoccupations fort éloignées.
Tu trouveras ici l’alléchante description des carnets, et pour la route :
“Si une goutte d’eau tombe dans la mer calme, il est évident que la surface entière de la mer doit s’élever imperceptiblement, l’eau n’étant pas compressible comme l’air.”
Au bon sens implacable, s’ajoute une dimension physique amourachée de poésie qui n’est décidément pas pour me déplaire.
Et qu’il soit entendu que je te prêterai mon exemplaire pour me racheter de la réappropriation de chaussettes.
29 April 2008 à 16:39
Quelle verve!!
J’avais complètement oublié cette histoire de chaussette!! Mais maintenant que tu en parles, c’est vrai qu’il y a depuis peu un vide dans ma vie…
Reste à savoir si c’est les chaussettes ou les carnets de mon pote Léo…