Bruce Nauman et la typographie

par Aude

Débuté au milieu des années 60 après des études de mathématiques et d’art, le travail de Bruce Nauman s’engage sur des supports variés parmi lesquels la vidéo, la sculpture, la peinture, la performance et l’installation. Il trouve sa pierre de touche dans le champ du body art, en filigrane de son Å“uvre traversée par d’autres thèmes tels que le temps, la répétition, le rapport au spectateur, etc. ; de façon non-exhaustive, il en va chez lui de la provocation autant que d’une réflexion pertinente sur le rôle de l’art, s’inscrivant dans le courant minimaliste conceptuel qui fait école aux Etats-Unis dans ces années.
Si vous êtes curieux, je vous encourage vivement à prendre votre moteur de recherche à bras-le-corps car je ne vous parlerais ici que du rapport texte-objet qui me botte, de cuir.

De manière diamétralement opposée à celle de Ben, que l’on a tous plus ou moins gastriquement rendu à force de le lire sur les cahiers des filles de nos quatrièmes respectives, Nauman matérialise jeux de mots et fragments de pensées au moyen de la sculpture en néons clignotants.
En cela qu’ils se posent comme extensions de lui-même et de son propre corps, ses mots appellent à des considérations que je crois pouvoir désigner comme nostalgiques, à propos de l’art, l’artiste, la société et lui-même. Il est à noter que pour toutes ses Å“uvres, Nauman laisse à vue l’installation qui la nécessite par souci de vérité et qu’en ce sens, l’emploi du néon coloré comme figure emblématique de l’espace publicitaire (mensonger ?) participe de la dérivation du sens des mots, dont une dimension de vérité froide nous claque à l’esprit lorsqu’on les lit. Le mot traité comme substance graphique, se pose alors la question du propos en tant que tel autant que de l’Å“uvre elle-même ; qu’en reste-t-il lorsque le néon est éteint ?

J’aurais aimé vous montrer surtout (si quelqu’un a une image sous la main, je suis son homme) :
My last name exagereted 14 times vertically
, 1967, où la déformation typographique nuit clairement à lisibilité. Ici ne reste de l’Å“uvre que le nom de l’artiste, sa signature, rendant magistralement le précepte premier de Nauman selon lequel son nom et son corps constituent la seule matière première dont il dispose véritablement. Nauman, homme nouveau en allemand, joue implicitement du pendant germanophone de son nom avec celui de Barnett Newman, l’étirant quatorze fois dans sa hauteur, en une phallicisation (peut-être) de lui-même comme Å“uvre.
&
The true artist is an amazing luminous fountain, (à mettre en relation avec l’autoportrait qui suit) introuvable, dont je peinerai à parler tant le traitement et la composition de l’image importent. Une haut de casse à empattements dessinée à la main sur les bords d’un support (?) blanc rectangulaire, distribuant les mots selon un jeu qu’il ne conviendrait pas de décrire, et dont le centre, où se trouvent une ou deux notes écrites rapidement au stylo, rend bien compte de la valeur suprématique du processus, du sens de “the true artist” devenu presque un vocable seul et de l’aspect brut dans l’art de Bruce Nauman.


Self portrait as a fountain, 1967


The True Artist Helps the World by Revealing Mystic Truths (Window or Wall Sign), 1967

My name as though it were written on the surface of the moon, 1967


Sweet Suite Substitute, 1968 (fabricated 1982)


None Sing-Neon Sign
, 1970


Pay Attention, 1973


One Hundred Live and Die, 1984


Partial Truth, 1997

Prononcez Naomane, et qu’on ne se retrouve pas dans les mêmes dîners ni dans les mêmes cours.

Un commentaire pour “Bruce Nauman et la typographie”

  1. raphael dit :

    A propos du néon, j’ai l’impression que son utilisation a des fins typographique rappelle l’écriture manuaire : le fil conducteur du geste de la main, parfois visible, parfois caché, cette liaison entre les caractères et l’indépendance des mots ou groupes de mots (dans le cas de Bruce Nauman) reliés à une même énergie.
    La source d’énergie, comme la lumière, semble être aussi une manière de sous-entendre le sens des écritures qui ressurgit qu’après réflexion, comme si on suivait les fils d’alimentation pour découvrir la source d’électricité.

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